Maltraitance des proches aidants d’aînés et des aînés proches aidants : des résultats originaux

Maltraitance des proches aidants d’aînés et des aînés proches aidants : des résultats originaux

Le RANQ et l’Université Laval sont partenaires dans le projet de recherche QADA sur la maltraitance des proches aidants d’aînés et des aînés proches aidants.  Ce projet rassemble également 25 organismes collaborateurs engagés activement auprès des personnes aînées et des proches aidantes.  Son objectif est de favoriser la sensibilisation à la maltraitance dans une perspective de mobilisation des connaissances et des communautés locales et régionales.

 Difficile de rester centrés sur la maltraitance

La collecte de données a permis de faire des observations spécifiques au sujet de la recherche. D’une part, il est parfois difficile de rester centrés sur les la maltraitance envers les personnes proches aidantes, car les répondant.e.s ont tendance à glisser sur les situations de maltraitance envers les aînés. D’autre part, on note la difficulté des intervenant.e.s et des personnes proches aidantes à faire la distinction entre les effets de la maltraitance et des effets de la proche aidance. Enfin, les écrits scientifiques abordent principalement la maltraitance au sein de la dyade aidant-aidé. Les écrits traitant de la maltraitance institutionnelle sont rares et difficiles à trouver car ils utilisent des termes variés : violence administrative, négligence, non réponse aux besoins, délais d’attente pour recevoir les services. Pourtant nos groupes nous ont parlé d’autres provenances de maltraitance envers les proches aidants…

Des résultats originaux

Deux types de maltraitance non-abordés dans les écrits ont été révélés à travers les données: l’auto-maltraitance par les personnes proches aidantes elles-mêmes, c’est-à-dire le fait de normaliser son rôle et les risques, de maintenir un schéma d’exigence élevée, de négliger ses propres besoins, de s’épuiser pour accomplir son rôle, etc. Et, la maltraitance par l’entourage ou la famille qui se caractérise par de la violence psychologique, comme des propos dénigrants, par le manque de reconnaissance, par l’imposition du rôle de proche aidant, par le manque de soutien et l’indifférence face aux comportements maltraitants provenant de l’aidé.

Quant à la maltraitance perpétrée par le Réseau de la santé et des services sociaux, elle se manifeste par le fait d’imposer le rôle d’aidant, de retenir des informations et de ne pas prendre en compte l’expertise du proche aidant. Mais c’est aussi le manque de soutien, le fait de laisser les personnes aidantes s’épuiser, les délais d’attentes et la priorisation de la volonté de la personne aidé au détriment des besoins de la personne proche aidante. Cette vision utilitariste des aidant.e.s amène les professionnel.le.s à traiter uniquement les effets de la maltraitance sur la santé plutôt que de considérer la source de ces problèmes. Enfin, les croyances des professionnel·le·s viennent compléter le tableau de la maltraitance institutionnelle, telles qu’envisager les personnes proches aidantes seulement comme des personnes maltraitantes et ne pas penser qu’elles puissent aussi être maltraitées, ou de hiérarchiser les aidants (prioriser certains types d’aidants au détriment d’autres) et accorder plus de soutien à certains sur la base de préjugés (par exemple, les hommes auraient besoin de plus de ressources pour faire face à leur rôle d’aidant).

Les raisons du silence

Le silence entourant la maltraitance envers les personnes proches aidantes provient de  plusieurs niveaux: individuel, familial, organisationnel, politique et sociétal. En voici quelques exemples :

  • Individuel : méconnaissance et banalisation des problèmes, croyance que c’est un problème privé, peur de l’hébergement ou de la judiciarisation, peur de déplaire à la famille et moyens financiers limités.
  • Familial : historique de violence et culture du secret, dynamique familiale, pression de la famille ou de l’entourage.
  • Organisationnel : manque d’accès et d’information sur les services de soutien, vision utilitariste du RSSS et normalisation des paroles et des gestes de la personne aidée maltraitante.
  • Politique : manque de reconnaissance et de politiques de soutien spécifiques aux personnes proches aidantes
  • Sociétale : valeurs et culture normalisant le rôle d’aidant, banalisation des difficultés.
Découvrez prochainement l’outil de sensibilisation à la bientraitance des personnes proches aidantes

Pour favoriser la bientraitance à l’égard des personnes proches aidantes, l’équipe de recherche et les membres du RANQ s’attèlent actuellement à la création d’un outil de sensibilisation et d’information qui pourra, dans un premier temps, être distribué dans les principaux lieux fréquentés par les personnes proches aidantes. Cet outil, rassemblant plusieurs contextes et situations de maltraitance possibles, pourra se décliner en affiches, en présentations power point, en dépliants voir en capsules audio/vidéo.

Pour l’année 2019-2020, trois forums sont en préparation afin de vous présenter l’outil, et de récolter vos impressions, vos commentaires pour le bonifier et vos suggestions pour son appropriation et sa diffusion. C’est donc un rendez-vous, restez à l’affut des prochaines informations!

>> Des informations complémentaires sur le site du RANQ