L’été, les vacances et les proches aidants

L’été, les vacances et les proches aidants

Alors que les vacances de la construction ont commencé ce 22 juillet 2018, d’autres n’ont pas accès à ce droit. En effet, en 2014, environ 34% des proches aidants annulaient, interrompaient ou n’avaient pas prévu de prendre des vacances.

Besoin de vacances pour les proches aidants : se reposer pour mieux aider

Être proche aidant est un rôle qui s’additionne à d’autres déjà très demandant : parent, enfant, professionnel, etc. Avec ce nouveau rôle, viennent des responsabilités qui requièrent du temps et de l’énergie. Il est donc fréquent que les personnes proches aidantes rentrent dans un engrenage les conduisant à l’épuisement. Souvent, ils doivent gérer leur vie professionnelle, familiale et personnelle déjà bien remplie, en plus d’assumer des soins et/ou des services pour une personne en situation de handicap, malade ou vieillissante. Ce nouveau rôle à des implications importantes pour le proche aidant. En 2014, l’institut de la Statistique du Québec révélait que 64 % des proches aidants avaient diminué leurs activités sociales ou de détente et presque 50% avaient réduit leur temps avec leur propre conjoint. Malgré le peu de statistiques sur la question de l’épuisement, c’est une réalité que rencontrent quotidiennement les organismes de soutien.

Obstacle qu’ils rencontrent pour prendre des vacances

Alors pourquoi les personnes proches aidantes ne peuvent pas prendre des vacances lorsqu’elles sont les premières à en avoir besoin? Que ce soit pour son propre bien être et celui de la personne aidée, la personne proche aidante a besoin de se reposer et de consacrer du temps pour prendre soin d’elle.

Plusieurs obstacles préviennent les aidants à prendre des vacances :
1) L’appauvrissement constitue un premier frein. Le rôle de proches aidants conduit souvent à une baisse des revenus dû à une diminution des heures travaillées ou/et une augmentation des dépenses associées à l’aide fournie. Dans ce contexte, il devient difficile de financer des vacances.

2) Tout au long de l’année, bien des proches utilisent leurs jours de congés pour pallier au manque de congé pour proche aidant et répondre à un imprévu ou accompagner le proche à un rendez-vous. À la fin, il ne reste plus de jours de vacances. De plus, prévoir ces vacances demande du temps, et encore plus quand on est proche aidant, puisqu’il faut organiser les services de relèvent pendant le temps d’absence. Avec en moyenne plus que 5 heures hebdomadaires passées aux responsabilités d’aidants, il reste peu de place et d’énergie pour faire des réservations, plan de voyages, choix de sortie.

3) Enfin, il y a également une dimension psychologique et émotionnelle. Les personnes aidantes développent un sentiment de culpabilité à l’idée de laisser leur proche. Ce sentiment s’accroît d’autant plus qu’il y a un manque de services de répit de qualité et en durée/quantité suffisante au Québec. Alors partir en vacances… oui, mais qui sera présent toute la journée auprès de la personne aidée ? Tant qu’une réponse rassurante n’est pas apportée, la personne proche aidante ne sera pas sereine et ne partira pas en vacances.

Responsabilité du gouvernement

Augmenter l’offre de répit

Alors comment faire pour que les proches aidants puissent s’offrir des vacances tant méritées ? La responsabilité des institutions publiques est inéluctable pour répondre à cette question.
En effet, le poids que portent les proches aidants devrait en grande partie être assumé par le réseau de la santé et des services sociaux. C’est en partie la raison pour laquelle le répit est le besoin numéro 1 des proches aidants. Les organismes de soutien sur le terrain peuvent le confirmer. Ils tentent de répondre à ce besoin criant dans les limites de leurs possibilités et de leur financement. Cependant, la demande est toujours plus importante que l’offre disponible. Donner la possibilité aux organismes de soutien d’augmenter leur offre de répit aux proches aidants, en durée, quantité et qualité, permettra à ces derniers de laisser leurs proches en compagnie d’une personne capable de pourvoir à leurs besoins.

Favoriser les proches aidants dans les normes du travail

Par ailleurs, comme l’a souligné le RANQ, lors de son passage en audition parlementaire le 18 mai 2018, au niveau du Canada, l’absence de plan pour améliorer la conciliation famille-travail des proches aidants fait perdre environ 641 millions de dollars au gouvernement en recettes fiscales ou en prestations sociales additionnelles, liées à la réduction des heures des proches aidants et à la perte de productivité de leurs absences. (Fast, 2015). Cette statistique démontre le besoin urgent de prendre en compte la réalité des proches aidants dans la réflexion des lois sur les normes du travail. Afin de réduire les facteurs systémiques d’appauvrissement des proches aidants, le RANQ recommande, entre autre :
– D’offrir la plus de flexibilité pour les jours de congé,
– D’augmenter à 10 journées par année les absences de travail avec salaire liées au rôle de proche aidant
Ces recommandations, notées dans son mémoire sont des moyens de prévenir la baisse de revenu des proches aidants due à la réduction de leur nombre d’heures travaillé.

Assurer le bien-être et la santé physique et mentale des proches aidants revient de la responsabilité des pouvoirs publics. Au gouvernement incombe de prendre soin de ces citoyens qui apportent tant au Québec. Prendre des vacances, disposer de moments de répit devrait est un droit qui doit leur être assuré, peu importe la situation de la personne aidée.

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