Journée mondiale de lutte contre la maltraitance des ainé-e-s : que dire des proches aidants maltraités ?

Journée mondiale de lutte contre la maltraitance des ainé-e-s : que dire des proches aidants maltraités ?

Le 15 juin 2018, les rubans mauves seront sortis à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes aînées. Aîné proche aidant ou proche aidant d’aîné victime de maltraitance, abordons une problématique trop rarement discutée.

 

La maltraitance, un sujet tabou et peu documenté

La maltraitance des personnes aînées est un sujet passé sous silence bien qu’il tend à être de plus en plus abordé dans la sphère publique notamment grâce aux plans d’actions gouvernementaux

Tous les pays du monde connaîtront d’ici à 2030 une augmentation considérable du nombre de personnes âgées. Par conséquent, le nombre de cas de maltraitance et d’abus contre les aînés risque d’augmenter, surtout au Québec, dont 18% de la population a plus de 65 ans et dont la démographie est rapidement vieillissante. Selon le gouvernement du Québec 10 % à 15 % des aînés seraient victimes de maltraitance. Une prévalence de 7 % étendue à l’ensemble de la population aînée représenterait plus de 105 000 personnes aînées maltraitées. Le Réseau québécois contre les abus envers les aînés (RQCAA) affirme que 80% des abus auprès d’un aîné ne seront pas dénoncés ou détectés. Depuis 2010, le gouvernement québécois a mis en place deux plans d’actions pour lutter contre la maltraitance des aînés. Si ces derniers répondaient à un besoin crucial, ils abordent le besoin de soutien à apporter aux proches aidants pour limiter les situations entrainant de la maltraitance mais ils ne font aucunement mention de la maltraitance que les proches aidants eux-mêmes peuvent vivre, qu’elle soit psychologique, physique, sexuelle, matérielle ou financière, ou institutionnelle.

 

Que sait-on de la maltraitance envers les aînés proches aidants et les proches aidants d’aînés ?

Cette journée mondiale de sensibilisation nous conduit à nous questionner sur la situation des aînés proches aidants et des proches aidants d’aînés victimes de maltraitance. Bien que peu documenté, c’est une réalité qui les touche. Lorsque la personne aidée est atteinte de démence ou de troubles comportementaux, elle peut faire preuve de violence verbale et/ou physique régulièrement. Souvent, l’humiliation, la peur ou la culpabilité peuvent être un frein à la demande d’aide. Les aînés proches aidants et/ou proches aidants d’ainés restent dans le silence et n’osent pas rechercher de l’aide, surtout quand le lien d’affection est fort. Déjà éprouvés par l’épuisement et bien que la violence soit bien souvent non intentionnelle, ils sont sujets à une grande détresse face aux abus qu’ils peuvent subir : psychologique, (atteinte à l’estime de soi, dépression, émotionnelle); physique (blessures, maladie, perte de poids, perte d’autonomie); matérielle (perte de biens, manque de moyens financiers); sociale (isolement).

 

Évaluer les besoins des proches aidants : un enjeu primordial

La maltraitance des aînés proches aidants et des proches aidants d’aînés met en évidence le nécessité de mettre en place un système d’évaluation des besoins des proches aidants. Pour cela, le professionnel de santé en charge du diagnostic initial de la personne aidée ou des intervenants formés devrait pouvoir ouvrir un dossier pour les proches aidants et le lier à celui de la personne aidée. Cette ouverture d’un dossier proche aidant favorise un meilleur repérage et entraine systématiquement une évaluation complète de la situation, des besoins et de la volonté des proches aidants à soutenir la personne aidée. Ainsi, d’une part, les situations d’abus et les risques de détresse pourraient être facilement détectés et d’autre part, les proches aidants seront en mesure d’assumer pleinement leur rôle., selon ce que nous avons affirmé dans notre stratégie nationale. Toutefois, pour le RANQ, il est primordial d’appuyer le fait que la maltraitance, tout comme la proche aidance, n’a pas d’âge, et que ce n’est pas seulement une question de fragilité individuelle liée au vieillissement : par exemple, un jeune proche aidant de 15 ans, de par son statut de mineur, pourrait aussi être plus à risque de maltraitance. Étant donné que la majorité des proches aidants sont des femmes, les rapports sociaux et familiaux encore existants amènent aussi un facteur de risque. De même, la maltraitance envers les proches aidants est une question systémique liée au manque de services envers les proches aidants et la nature de la nouvelle relation aidant/aidé dans un contexte ou le soutien pour l’aidant ne lui est pas dû pour lui-même mais à travers la situation de la personne qu’il soutien.

 

Il faut reconnaître que le sujet de la maltraitance envers les proches aidants qu’ils soient eux-mêmes aînés ou non, est un sujet très méconnu à cause du faible nombre de cas reporté. Par conséquent, le manque d’outils de sensibilisation pour les proches aidants et pour les organismes communautaires est criant. C’est entre autres pour combler ce manque que le RANQ est partenaire du projet de recherche dirigé par Sophie Éthier, professeure-chercheure  à l’école de travail social et de criminologie de l’Université Laval. Financée par le programme QADA (Québec ami des aînés) du Ministère de la Famille et des Aînés, cette recherche-action permettra d’enrichir les connaissances, de sensibiliser et de faire de la prévention sur la maltraitance des proches aidants. C’est une première avancée qui débouchera sur la réalisation d’outils indispensables pour contrer cette problématique.